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Si les
Américains ne cultivent, en général,
pas des amities profondes comme le font les Europeens, c'est
aussi, vraisemblablement, parce qu'ils sont des êtres
dont l'affectivite n'a, durant l'enfance, pas été
suffisamment nourrie. Ils ne peuvent rendre ce qu'ils n'ont
pas reçu. C'est une chose delicate à affirmer
mais qui semble evidente. Parce que, dans la plupart des
etats americains, les entreprises ne sont pas 1egalement
contraintes de donner à leurs employées qui
accouchent un congé de maternité de plus de
quelques semaines, beaucoup de nourrissons se trouvent séparés
de leurs mères une grande partie de la journée
peu de temps après leur naissance. A 1' aube de leur
vie, quand ils en ont le plus besoin, ils manquent déjà
de tendresse maternelle. L'ambition professionnelle des
parents, leur dévotion à leur carrière,
continuent ensuite de les éloigner de leurs enfants.
Les moments passes ensemble sont, en fait, rares. Depuis
plusieurs générations, les repas, dans la
plupart des foyers américains, ne sont pas consommés
en famille Chacun se sert dans le réfrigérateur,
se prépare à manger à 1' heure qui
lui convient. Le moment privilégié dans la
journée qu'était le dîner familial,
un moment de partage et d'échange, a donc disparu.
Le temps que les parents passent avec leurs enfants est
aussi diminue par l'usage qu'ils font de la té.levision
comme d'un "baby-sitter". Dès trois ou quatre ans,
dans beaucoup de familles américaines, les enfants
restent assis pendant des heures devant le petit écran
à absorber, passivement et solitairement, un défile
d'images. Quelques années plus tard, c' est à
jouer à des jeux vidéo qu'ils s'occupent devant
ce même petit écran. Dans certaines familles
plus aisées, les parents pêchent par l'excès
inverse. Dans un souci de forger en leurs enfants des êtres
exceptionnels, ils leur imposent un frénétique
régime d'activités extra-scolaires: cours
de tennis, de violon, de danse, de chant, à cel point
que ceux-ci n'ont plus de véritable temps de 1oisir.
Qu'ils soient abandonnés à eux-mêmes
ou saturés d'activités, les enfants manquent
de ce dont ils ont le plus besoin: la compagnie attentive
et affectueuse de leurs parents. Et puis, il y ale divorce,
auquel aboutit un mariage sur deux aux Etats-Unis. Quand
la séparation des parents survient tôt dans
la vie d'un enfant, elle a nécessairement t des conséquences
néfastes sur son affectivité. Des millions
d' Américains ont subi, très jeunes, ce traumatisme
et en pâtissent dans leurs relations adultes.
La plupart
des phénomènes que je viens de décrire
- les parents trop investis dans leur travail, les enfants
hypnotises par la télévision, les divorces
nombreux existent aussi en Europe mais ils n'y ont pas pris
la même ampleur qu'ici. Ils n'y ont pas amoindri la
capacité affective des êtres comme dans ce
pays.
J'ai
tente, dans cet essai, de dépeindre un aspect du
caractère américain. A toutes les généralisations
que j'ai formulé, il y a, cela va sans dire, de nombreuses
exceptions. J'espère vous avoir été
utile.
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