|
A leur
quête de réussite professionnelle, les Américains
sacrifient souvent l'amitié. Ils travaillent de 1ongues
heures et passent le temps qui leur reste en famille. Quand
ils sont célibataires et qu'ils ont une certaine
éducation, ils s'adonnent souvent à des activités
extra professionnelles, par exemple des cours du soir dans
des "adults schools", des "community colleges" ou des "university
extensions" ou encore des stages de recyclage ou de formation
permanente. Parfois, ils cultivent leur corps aussi bien
que leur esprit en pratiquant un sport ou en faisant de
la culture physique. La plupart de ces activités
astreignent l'individu à une discipline solitaire,
même si elles ont lieu parmi un groupe. Ainsi les
Américains qui ont un certain niveau d'éducation
sont-ils chacun son propre "héros" qui, par l'effort,
se parfait, se promeut. Tout en leur procurant une satisfaction
personnelle, cette quête de dépassement les
isole les uns des autres.
Même
lorsqu'ils choisissent de se divertir, ils restent souvent
solitaires. En général, ils ne goûtent
pas, comme les Français, le simple plaisir gratuit
d'être en compagnie d'amis et de bavarder autour d'une
table de salon ou de restaurant. Les Américains ont
un sens pratique très développé qui
imprègne leurs vies professionnelles mais aussi leurs
vies sociales. S'ils ne sont pas enclins à dialoguer
pendant des heures c'est parce que cela, même si ce
peut être agréable, n'a aucune fin pratique.
Cette manière de voir exacerbe leur solitude. Ils
ont, comme les Français, le goût du cinéma,
du théâtre, des concerts, mais ils passent
beaucoup plus de temps que nous plantés devant leurs
télévisions. Quoique cette activité
n'ait pas de fin pratique immédiate, elle leur permet
d'oublier le stress et la solitude de leurs vies...tout
en aggravant cette dernière. Ici, plus que partout
ailleurs, la télévision éloigne les
hommes les uns des autres.
Si les
Américains ont un moindre sens de l'amitié
que les Français, pourquoi sont-ils, de prime abord,
si cordiaux ? Leur cordialité est une sorte de lubrifiant
social. Quand les rapports humains sont harmonieux, même
si cela est superficiel, chacun peut réaliser ses
objectifs personnels et professionnels plus facilement,
plus agréablement. La cordialité remplit alors
une fonction utilitaire. Mais, bien sûr, les Américains,
comme chaque peuple, ne sont pas conscients de leur conditionnement
culturel. C'est avec sincérité qu'ils sont
superficiels. C 'est, tout naturellement, leur manière
d'être.
Parmi
toutes les régions des Etats Unis, c'est ici, en
Californie du Sud, que la conception de l'amitié
est la plus différente de ce qu'elle est en France.
Pourquoi et comment il en est ainsi c'est ce que nous allons
étudier.
|