|
COMPARAISON
ENTRE LES FRANCAIS ET LES AMERICAINS
"I will call you
and we'll have dinner" vous a dit en partant le sympathique
Ingénieur que vous avez rencontre au cours d'une
soirée chez des amis. Votre hôte vous l'avait
présenté et, tout de suite, était né
entre vous une entente bien agréable. Vous vous étiez
découverts des intérêts en commun. Lui,
comme vous, faisait de la photographie à ses heures
libres. Lui, comme vous, descendait en radeau les rivières
de l'Ouest. Il avait évoqué le charme, la
beauté de la France, qu'il avait visitée à
plusieurs reprises. Cet homme semblait à la fois
sensible et dynamique. II parlait de son travail avec enthousiasme.
Après son départ, vous vous êtes félicité
d'avoir fait sa connaissance et avez eu hâte de le
rencontrer à nouveau. Mais... il ne vous a pas rappelé.
Lorsqu'une semaine plus tard, vous lui avez téléphoné
à son travail, il vous a demande de répéter
votre prénom avant de vous remettre. Il est devenu
chaleureux mais quand vous avez suggéré de
dîner ensemble en fin de semaine, il vous a dit qu'il
était déjà pris et ne vous a pas proposé
une autre date. "I'll call you next week" a-t-il conclu
avant de raccrocher, mais vous avez senti, cette fois-ci,
que c'était la dernière fois que vous lui parliez.
En effet, il ne vous a jamais rappelé.
Les Français
nouvellement établis à Los Angeles ou ailleurs
aux U.S. racontent souvent à d'autres Français
des histoires semblables à celle-ci. Ils ne comprennent
pas ce qui s'est passé. "Cet Américain était
si sympathique. On s'entendait bien. Il a agi envers moi
comme s'il ressentait beaucoup d'amitié pour moi.
Pourquoi n'a t-il fait aucun effort pour que l'on se retrouve?"
disent-ils. Cette conduite les déconcerte, les chagrine,
les irrite. Ils découvrent, souvent douloureusement,
en quoi les Américains, et tout particulièrement
les Californiens, diffèrent des Français.
Malgré leur cordialité naturelle, les Américains
ont, en général, un sens de l'amitié
moindre que celui des Français. L'amitié occupe
une moindre place dans leur vie. Il y a, naturellement,
des exceptions, surtout parmi ceux qui ont vécu à
l'étranger. Mais le phénomène que je
viens d'évoquer reste la règle. A quoi cela
est-il dû ? Voici une tentative d 'explication, sommaire
sans doute, mais, je l'espère, utile.
D'abord, ce moindre
sens de l'amitié est lié à la nature
particulière de l'individualisme américain.
Le Français
a une personnalité, des sentiments, des opinions
affirmes, mais c'est dans ses rapports avec les autres qu'il
les exprime. L'individualisme français se conjugue
d'un sens de la communauté, de la cité. Le
Français s'épanouit en compagnie de son prochain,
de sa famille certes, mais aussi de ses amis, ses collègues
et tous les habitants de son quartier, de son village: l'épicier,
le boulanger, le libraire, etc. Le café-bar reste,
sans doute, la plus française des institutions. En
revanche, l'Américain de race blanche (le Noir ou
le Latino-Américain agit différemment) exprime
moins que le Français ce qu'il ressent. Il est aussi
plus discipline dans sa vie sociale, professionnelle et
civique. Par ailleurs, i] a une conception plus "autonomiste"
de l'individu, une conception qu'on pourrait qualifier "d'héroïque".
Depuis plus de deux siècles, l'idéologie régnante
de cette société est une exaltation de 1 'individu,
de ses droits comme de sa capacité productive.
Encore aujourd'hui, l'Amérique c'est pour les peuples
du monde entier, le pays ou un homme, quelles que soient
ses origines, peut, par son talent et ses efforts, accomplir
de grandes choses et devenir riche. Historiquement, la vision
"héroïque" de l'individu qui prévaut
ici est ancrée dans l'éthique puritaine, selon
laquelle l'homme pécheur s'assure une place au ciel
dans l'au-delà par un travail assidu ici-bas. Trois
siècles après les puritains, la valeur du
travail purificateur anime toujours l'Amérique. En
conséquence, la plupart des Américains donne
la priorité à leur vie professionnelle, aux
dépens de leur vie familiale et, plus encore, de
leur vie sociale.
|